Les derniers devoirs

L’histoire

Notre hommage à Louis Calaferte, qui aimait tant raconter la vie sans histoire des gens sans importance, se termine avec cette pièce particulièrement cocasse.

Grand-Pi vient de mourir. Juliette, sa fille, aidée de son mari, Henri, et de leur enfant, Sylvie, se prépare pour les funérailles. On parle un peu du cher disparu et beaucoup des boutons de manchettes, de la cravate, de la quiche qui a failli brûler, du fromage à acheter pour les invités, de monsieur Gaudillat, du pain, du journal, des courses, des fleurs, d’une tache sur un pull, du souvenir d’un chou-fleur, des Chabrillac...

A coups de clichés, de phrases communes, de réactions attendues, Calaferte montre ici les préparatifs fiévreux d’un enterrement. Les invités, les fleurs, la dépouille de «grand-pi» dans sa chambre,  le tailleur noir qui ne va plus. On observe avec délice l’enlisement progressif et drôle d’une famille dans l'amoncellement ridicule de conversations futiles.

La distribution

  • Mise en scène : Sylvain Marmorat
  • Avec : Laurence Boyenval, Bénédicte Ressot, Sylvain Marmorat
  • Lumières  : Sergio Giovannini
  • Scénographie : Pierre Yanelli
  • Costumes : Louisa Breysse, Kiki Lerique
  • Durée 1h05

La compagnie et son rapport très particulier à l’oeuvre de Louis Calaferte

La compagnie a été créée en 1988 à Paris, depuis 1992 elle est installée à Talant en Bourgogne. Depuis 2004, la compagnie Le Rocher Des Doms se frotte avec joie et avidité à la langue théâtrale de Calaferte dans ses registres les plus variés : La Bataille de Waterloo, œuvre baroque pour  cinq personnages, créée en mars 2005 et jouée plus d’une cinquantaine de fois et Clap & Black-Out, symphonie de comportements humains pour deux personnages, créée en juin 2005 et jouée plus  d’une centaine de fois.

Le Rocher Des Doms a transmis l’œuvre de Calaferte auprès du public sous forme de lectures, derencontres, d’expositions de peintures. Cette transmission s’est aussi réalisée auprès de groupes amateurs par l’intermédiaire d’ateliers de pratique théâtrale (Montage d’Opéra Bleu, joué en tournée à travers la Haute-Marne en 2006).

La rencontre avec Guillemette Calaferte

Il y a cinq ans, Sylvain Marmorat a fait la connaissance de Guillemette Calaferte. Au-delà de l’œuvre et de la vie de Louis Calaferte, ils établissent une relation d’amitié et d’échanges intellectuels. Connaissant parfaitement le travail de Sylvain Marmorat, Guillemette Calaferte «trouve que sa façon d’aborder, de concevoir et de jouer ce texte correspond en tout point au sens qu’a voulu lui donner Louis. Elle est parfaitement dans l’esprit de l’écriture : un comique sans exagération». Gérant l’œuvre de son mari avec exigence intellectuelle, elle ajoute qu’«avec Sylvain, il se passe ce petit quelque chose qu’on ne peut pas analyser».

Avec Les Derniers Devoirs, la compagnie Le Rocher Des Doms explore un sujet et une composition différente de l’œuvre de Louis Calaferte. Pour la création de Clap et Black Out, la didascalie donnait le ton et la forme d’un théâtre abrupt, drôle et cruel. Concernant La Bataille de Waterloo tiré du Théâtre Baroque, l’écriture composait une cacophonie obsédante et rythmée par les oppressions menant à l’enlisement familiale. Dans Les Derniers Devoirs, extrait du Théâtre intimiste, la préparation agitée de l’enterrement est l’occasion d’observer l’enlisement progressif et drôle d’une famille dans l'amoncellement ridicule des conversations futiles.

L’auteur : Louis Calaferte

Louis Calaferte est né le 14 juillet 1928 à Turin. A treize ans, il est manœuvre en usine et ne rêve que de devenir écrivain. En 1947, il quitte Lyon et « monte » à Paris. Aidé par Joseph Kessel, il publie son premier livre, Requiem des Innocents en 1952, puis, l’année suivante Partage des vivants. Il consacre alors quatre ans à la rédaction de Septentrion, fresque autobiographique destinée à rendre compte de ses expériences passées et à dessiner l’avenir de ses options intellectuelles et spirituelles.

En 1978, Louis Calaferte et son épouse acquièrent une maison à Blaisy-Bas (Côte d’Or) et en font leur résidence principale en 1985. C’est là qu’il écrit une cinquantaine d’œuvres littéraires et réalise des milliers de dessins et œuvres picturales.

Écrivain mal connu, incompris (car mal et insuffisamment lu) et souvent ignoré, jugé excessif parfois dans son propos, homme d'enthousiasmes, d'indignations et de colères, mais tout autant homme de réflexions, réservé et secret, Louis Calaferte a dénoncé la société, l'État et l'esprit bourgeois. Poète vigoureux et sensible, à l'écriture précise et crue, violente et acerbe. Son œuvre se compose de 200 titres édités, nouvelles et récits, poèmes, essais, carnets et pièces de théâtre. C'est surtout l'œuvre d'un mystique laïque, qui vécut intensément sa foi dans le siècle.

Louis Calaferte, dans son œuvre théâtrale, recherche un « vrai » frappé du sceau du « tragique dérisoire » de l’existence en société et se moque de l’absurdité des habitudes ordinaires et des pressions sociales. Ses « pièces baroques et intimistes » offrent une écriture kaléidoscopique composée de microcosmes langagiers. Travaux sonores précis destinés à l’oreille, les pièces de Calaferte n’en sont pas moins des pièces de bouche. Elles offrent une image des éructations, des exclamations, des admonestations déclenchées par l’oppression familiale (les Titch, la Bataille de Waterloo, Une souris grise) et par l’enlisement quotidien dans les contraintes futiles : celles, monotones, du couple avec ou sans progéniture (Trafic, les Miettes, l’Aquarium), celles, obligées, des relations entre le père et son fils (Tu as bien fait de venir , Paul), celles, bêtifiantes, des parents et de l’enfant (l’Entonnoir, les Derniers Devoirs). Les attitudes et les déplacements des personnages sont réglés comme dans une composition instrumentale. Les mots sont répétés, relancés, inventés et se font écho. Dans l’œuvre entière de Calaferte, les didascalies jouent le rôle d’indications orchestrales, modulant l’énoncé du texte de façon à construire son énonciation ou fournissant des indications précises quant à la posture du personnage. Elles produisent un texte second, chevillé au système des répliques. Les pièces sont ainsi des morceaux à dire et des scénarios de mouvements. Les paroles y deviennent des mélodies syncopées sur le canevas des actions.

L’œuvre de Louis Calaferte est fondamentale parce que les situations qu’elle propose sont universelles : elles sont des huis clos drôles et sonores présentant le constat d’une humanité mortellement vivante. La justesse de la représentation doit révéler nécessairement ces deux dynamiques : l’humour parce qu’il est lucidité - le langage parce qu’il est composition, instrumentalisation et coloration.

Avec un humour souvent cruel, mais jamais cynique, Louis Calaferte effectue des constats, dont le but n’est ni de dénoncer, ni de rectifier la nature humaine. Il évoque les traits les plus médiocres de l’humanité, provoque la gêne et suscite l’interrogation : en tant que spectateur, nous sommes pris entre rire de la situation observée et refuser cette réalité qui nous est présentée.

Le metteur en scène : Sylvain Marmorat et son regard sur l’auteur

Par l’intermédiaire de son écriture rigoureuse et sonore, Louis Calaferte refuse le compromis et exprime les choses. A la fois acides, poétiques, et mystiques, les textes de Calaferte dégagent une force multiple et complexe. Les mots sont lancés, inventés, répétés, dans un travail sonore précis, destiné à l’oreille, comme une vague musicale qui submerge le spectateur.

Louis Calaferte ne peut laisser indifférent. A la fois vrai et proche d’une réalité « poétisée », il traque l’existence dans ses moindres replis. Il écrit des textes qui dérangent, qui donnent envie de ne pas s’installer, mais au contraire de rester un esprit en mouvement, un esprit vivant.

Sylvain Marmorat

Comédien et metteur en scène né en 1964, il a été formé à Paris au joueur regardé animé par Daniel Postal. Sylvain Marmorat fonde, en 1988 la compagnie Le Rocher des Doms. La compagnie s’implante en Bourgogne et plus précisément à Talant en 1992. Ses « aventures théâtrales » ont toujours pour départ une rencontre avec un texte et un auteur  - et ses coups de cœur concernent les classiques aussi bien que les contemporains : Brecht, Michel de Ghelderode, Courteline, Maupassant, Racine, Marivaux, Koltès…

Il rencontre Michaël Lonsdale avec lequel il travaille sur le spectacle Bernard de Clairvaux pendant cinq ans. Leur collaboration continue pendant des années. Il travaille également avec Jacques Fornier.

Metteur en scène, il crée La porte d’harmonie, l’Amour en Visites, Phèdre et Hippolyte, L’Histoire du Soldat, Britannicus, La Bataille de Waterloo, Fuga (oratorio)...

Sylvain Marmorat découvre Louis Calaferte en 2002 et la rencontre avec son répertoire se traduit par un désir de jouer ses pièces avec la complicité de Laurence Boyenval et Valéry Forestier : Clap & Black-Out, La Bataille de Waterloo. Formateur, il encadre et anime des ateliers et stages de formation en direction des enseignants, des adultes, des enfants en temps scolaire ou péri-scolaire et en direction des jeunes des quartiers.

Les comédiennes

Laurence Boyenval

Un apprentissage au Grenier de Bourgogne mais surtout un parcours exigeant avec la compagnie Le Rocher des Doms, font d'elle une comédienne aux multiples facettes. Elle enchaîne avec  la même aisance les rôles classiques (Phèdre/Agrippine–Britannicus/Araminte–Les Sincères) et contemporains (La Bataille de Waterloo/Gertrude-La Princesse et le camionneur/Rosalie - La Porte d’Harmonie/Gaïa...) Tout au long de son parcours, elle participe activement aux stages dirigés par Jacques Fornier, complète sa formation auprès Yves Marc (Théâtre du Mouvement) et du GITIS. Elle dirige la compagnie Résurgences dont elle est la fondatrice en 1987. Lectrice appréciée, elle participe à chaque manifestation « Eclats de Voix » de la Compagnie. Elle assure depuis 1997, des ateliers de formation en milieu scolaire et péri-scolaire. L’interprétation des personnages de Calaferte (Clap & Black Out, Waterloo) et la lecture de ses écrits auprès du public (C’est la guerre, Septentrion, Droit de Cité...) font d’elle une interprète instruite de son œuvre. 

Bénédicte Ressot

Née en  1984, elle étudie la musique (flûte traversière et contrebasse) et l’art dramatique au conservatoire Régional de Dijon , dont elle est diplômée.

Avant tout musicienne, ses rencontres  la conduisent à travailler sous la direction de plusieurs chefs (Gilles Raynal, Aurélien Azan Zielinsky…) et différents solistes (Stéphane Labeyrie, Carlo Colombo…). Son cursus théâtral débute aux ateliers de théâtre ATSF à Cusset (Allier).

Membre d’une troupe Lyonnaise, les Lugduniens, elle est aussi élève à l’école d’acteurs de la Scène sur Saône avant de devenir élève d’Ewa Lewinson au Conservatoire Régional de Dijon. Elle effectue de nombreux stages : Le « Corps théâtre » au TDB (Tomeo Vergès), et dans l’Allier (J.-M. Coulon). Formatrice, elle anime des ateliers de théâtre pour la Compagnie Le Rocher des Doms depuis 2007 et participe aux lectures des œuvres de Calaferte.

La presse

La Provence

"Grand-Pi" est mort, les obsèques sont pour aujourd’hui. Juliette, sa fille, aidée de son mari Henri et de sa fille Sylvie se préparent aux funérailles. S’ils sont tristes ? Forcément. Mais ils ont surtout la tête occupée à la somme des préparatifs.  Juliette est inquiète à tout et n’importe quel propos : les rayures rouges de la cravate d’Henry ne feront-elles pas déplacés ? Est-ce que Sylvie a bien pensé à commander les Vacherins pour le repas ? D’ailleurs combien seront-ils à table ? Dix ou onze ? Les pensées pour le cher défunt s’évanouissent peu à peu dans l’amoncellement ridicule des conversations futiles. Devant nos yeux amusés s’étalent des banalités comme sorties de notre propre bouche en telles circonstances, le texte de Louis Calaferte, servi par trois comédiens très justes. Et quand l’attention se relâche, on se rappelle que la simplicité apparente du texte cache mille trésors pour les curieux capables de rire de leurs propres travers. "

J.C Naberes / Avignon / 9 juillet 2009

Vaucluse Matin

"Ce n'est pas la première fois que la Compagnie Le Rocher des Doms se frotte à un texte de Louis Calaferte, qu'elle s'efforce de faire connaître depuis 2004, par divers moyens. En voilà un particulièrement réussi ! Ce très cher et très regretté Grand-Pi vient de mourir, comme ça, sans prévenir, d'un arrêt cardiaque, et personne n'a pu s'y préparer. Il faut pourtant bien que Juliette, sa fille (Laurence Boyenval), assistée de son mari, Henri (Sylvain Marmorat) et de sa fille, Sylvie (Bénédicte Ressot), organise tout pour l'enterrement, la réception de la famille, qu'elle se prépare, fasse la cuisine, tout en surmontant son chagrin ou les «sifflotements» et les propos anodins de son mari qui multiplie, sans le vouloir, les bourdes...  Une comédie fraîche, à la fois tendre et acide, servie par de très bons acteurs et une mise en scène originale. "

Marie-Félicia Alibert / Avignon / juillet 2009

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