lundi, 10 août 2009 11:00

On peut toujours espérer

« Lévin, qui commence à écrire pour le théâtre après la guerre israélo-arabe de 1967, monte coup sur coup trois spectacles de cabaret satirique : Toi, moi et la prochaine guerre (1968), réaction à chaud à l'ivresse de la victoire, Ketchup (1969), centré sur les vaines tentatives de pourparlers de paix entre Israël et l'Egypte, et Reine de la Salle de Bains (1970),  qui dénonce le triomphalisme de la classe politique israélienne et son refus d'un compromis territorial (...). Ces satires brocardent la notion de « guerre juste », de guerre pour la survie, et s'en prennent aux valeurs qu'Israël, plongé dans un conflit apparemment sans fin, en est venu à tenir pour sacrées : la sécurité militaire, le courage guerrier, l'héroïsme, le sacrifice. Au fil des sketches se succèdent des personnages types de la société israélienne (...). Tous reflètent la dérive morale d'un peuple qui souffre d'un complexe obsidional et y trouve la justification de sa politique d'hégémonie – oubliant le prix humain à payer. Au discours patriotique, Levin oppose le point de vue de l'individu. La vie est plus précieuse que toutes les idéologies. Celui qui est confronté à la mort sera toujours le soldat sur le champ de bataille et non celui qui l'y a envoyé. »

Nurit Yaari
Traduit de l’Hébreu par Jacqueline Carnaud
in Théâtre choisi III, pièces politiques. Editions THEATRALES

Notes du « régisseur du projet ».

« Ce choix me vient d’un coup de cœur pour les textes d’Hanokh Lévin. J’avais le désir de partager l’univers de cet auteur avec le public Néo- Calédonien. Un univers qui choque, qui perfore, qui nous laisse KO, comme une blessure d’où jaillirait un grand rire. Ce qui m’interpelle le plus dans cette écriture c’est l’effet détonant que produit la combinaison du quotidien et du tragique. Un pessimisme poétique s’en dégage qui pose de façon crue la question d’humanité. 
J’ai choisi de monter les textes courts de Satires parce qu’en les lisant je n’ai pu m’empêcher de penser à mon propre pays. La Nouvelle-Calédonie est en plein processus d’émancipation. Suite aux troubles civils qui ont agité le pays de 1984 à 1988, des accords politiques ont été appliqués et qui prévoient un référendum d’autodétermination en 2014. La paix est revenue depuis mais une tension sous-jacente persiste au sein de la population. Sans faire de parallèle avec l’histoire d’Israël et ce qui s’y passe actuellement, j’ai trouvé des références universelles dans ces situations dénonçant la violence, l’hypocrisie politique.

Ces textes sont pour moi comme des petits électrochocs qui permettent de maintenir les consciences en état d’alerte. Car, selon moi, s’il y a bien une guerre à mener, c’est celle en nous-même contre notre potentiel de destruction. Je considère ce spectacle comme un divertissement sérieux. Les propos traités sont graves. Ils nous jette à la face la souffrance qui gangrène le monde. Mais cela nous est raconté avec un humour rare qui secoue les tripes. Ces scènes sont donc un divertissement vital, nécessaire, un moment de folie qui nous ramène à la raison.  J'envisage cinq comédiens-musiciens qui ouvriront le spectacle en chanson, établissant dès le départ un contact direct, une ambiance festive, légèrement décalée et grinçante. On doit sentir très vite comme un parfum de cruauté joyeuse. On va s'amuser "à être méchant".  »

Stéphane Piochaud

Publié dans Actualités 2009

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