mardi 26 juillet

Virginia Woolf Virginia Woolf

Bonjour

j'ai une grande chance, j'ai vu le filage depuis les coulisses, c'est incroyable, cette proximité avec Olivia tout en respectant son intimité, sa concentration. Je me demande si nous ne devrions pas offrir au public de temps en temps la possibilité de vivre cette expérience. C'est passionnant, d'abord parce qu'il n'est pas commun de voir les acteurs de côté ou de dos et ensuite parce qu'on a cette sensation étonnante de ne faire qu'un avec la scène, la pièce, l'histoire.

Aujourd'hui il va y avoir deux filages pour peaufiner les lumières, les changements de costumes, le son, le jeu. Tout en fait...

Je vous avais promis la suite d'Une Chambre à soi pour ce matin, alors allons y...

Peut-être griffonnait-elle quelques pages en cachette dans le fruitier, mais elle avait bien soin, alors, de les cacher ou de les mettre au feu. Mais bientôt, cependant, avant même qu’elle eut atteint sa vingtième année, on la fiança au fils du négociant en laines du voisinage. Elle pleura, criant que le mariage lui faisait horreur, ce pourquoi son père la frappa durement. Puis il cessa de la gronder et la supplia de ne pas lui faire de tort et de na pas le couvrir de honte dans cette histoire de mariage. Il allait, lui dit-il, lui offrir un collier de perles et un joli jupon : et, disant cela, il avait les larmes aux yeux. Comment pouvait-elle lui désobéir ? Comment pouvait-elle briser le cœur de son père ? Mais la puissance du génie de cette fille la poussait à la révolte. Elle fit un paquet de ce qu’elle possédait, se laissa glisser le long d’une corde, par une nuit d’été, et prit la route de Londres. Elle n’avait pas dix-sept ans. Les oiseaux qui chantaient dans la haie n’étaient pas plus harmonieux qu’elle. Elle avait l’imagination la plus vive, le même don que son frère pour la musique des mots. Comme lui, elle avait du goût pour le théâtre. Elle se tint devant l’entrée des artistes ; elle voulait, disait-elle, jouer. Les hommes se moquaient d’elle. Le directeur – un gros homme aux lèvres pendantes – éclata de rire. Il aboya quelque chose concernant les caniches qui dansent et les femmes qui jouent – aucune femme, lui déclara-t-il, ne saurait être actrice. Il fit allusion à ce que vous devinez. Il était impossible à la jeune fille d’apprendre son art. Pouvait-elle même se mettre en quête d’un diner dans une taverne ou errer dans les rues à minuit ? Et pourtant elle était génialement douée pour la fiction et brûlait du désir de se repaître de la vie des hommes et des femmes, d’étudier leurs divers comportements. En fin de compte, car elle était très jeune et son visage ressemblait étrangement à celui de Shakespeare le poète – elle avait les mêmes yeux et les mêmes sourcils arqués -, en fin de compte, Nick Green, l’acteur-directeur, la prit en pitié ; elle se trouva enceinte de ce monsieur et – qui peut évaluer l’ardeur et la violence d’un cœur de poète quand ce cœur habite le corps d’une femme, est intimement lié à lui ? – se tua par une nuit d’hiver et repose à quelques croisements où les omnibus s’arrêtent à présent, devant l’Elephant and Castle.

 

Très belle journée.

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Commentaires  

 
#1 Anne Bihan 27-07-2011 07:30
Merci Marie-Ève pour cet angle de vue autre, depuis la coulisse, et ce nouvel extrait qui dit aussi le formidable écrivain qu'était Virginia Woolf : elle donne à voir, ses mots donnent chair aux songes.
Le théâtre est-ce autre chose que cette mise en corps du langage ?
 

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